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Robert des noms propres.

Elle attendait la rentrée comme une libération. Ce fut une incarcération. Elle savait qu'à l'école des rats règnerait une discipline de fer. Pourtant, ce qu'elle y découvrit surpassa de loin ses pressentiments les plus délirants.

Pléctrude avait toujours été la plus mince de tout les groupements humains dans lesquelles elle s'était aventurée.
Ici elle faisait partie des "normales". Celles qu'on qualifiait de "minces" eussent été appelées squelettiques en dehors du pensionnat. Quand à celles qui, dans le monde extérieur, eussent été trouvées de proportions ordinaires, elles était en ces murs traitées de "grosses vaches".

Le premier jour fût digne d'une boucherie. Une espèce de maigre et vielle charcutière vint passer en revue les élèves comme si elles avaient été des morceaux de viande. Elle les sépara en trois catégories à qui elle tint ces discours :
" Les minces, c'est bien continuez comme ça. Les normales, ça va, mais je vous ai à l'½il. Les grosses vaches, soit vous maigrissez, soit vous partez, il n'y a pas de place ici pour les truies."

A toute ces fillettes, ce premier jour à l'école des rats donna l'impression d'une éviction brutale de l'enfance : la veille, leurs corps étaient encore des plantes aimées que l'on arrosait et chérissait et dont la croissance était espérée comme un merveilleux phénomène naturel, garant de beaux lendemains. Leurs familles étaient des jardins de terre grasse où la vie était lente et douillette. Et là, du jour au lendemain, on les arrachait à se terreau humide, et elles se retrouvaient dans un monde sec, où un ½il âpre de spécialiste extrême-oriental décrétait sue telle tige devait être allongée, que telle racine devait être affinée et qu'elles le seraient de gré ou de force, car, depuis le temps, on avait des techniques pour cela.


image : ici
Robert des noms propres.

# Posté le samedi 16 février 2008 06:07

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